Le Petit Colbert, bistrot solide et généreux

La gastronomie n'a jamais occupé une telle place qu'aujourd'hui dans la vie des Français. A tel point que le restaurant est devenu objet d'intérêt, de désir, voire de convoitise avec des repas qui constituent souvent l'objet même de la sortie, ce moment tant attendu où l'on va enfin pouvoir  gouter la cuisine du néo-bistrot d'auteur, de la toque étoilée ou du restaurant fiftybestisé... 

Cependant, le temps où l'on cherchait le bon restaurant pour ponctuer une soirée au théâtre par exemple n'est pas révolu. Et si l'attente placée dans le dit restaurant n'est pas la même que pour la table réservée depuis 2 mois, le convive du 21e siècle a néanmoins les exigences de son époque, et hors de question de négliger le choix de l'enseigne, si simple soit-elle.  

Au sud des Grands Boulevards entre Bourse et Opéra, juste à côté des "Bouffes Parisiens" et à deux pas de la "Michodière", le Petit Colbert a le profil parfait du beau bistrot honnête qui vous accueille avec sourire, simplicité et chaleur, où il est plaisant de se satisfaire d'une cuisine traditionnelle, simple et bien exécutée. 

Plat emblématique des agapes tardives des noctambules parisiens, la soupe à l'oignon est ici proposée dans sa version traditionnelle avec bouillon, oignons émincés, croutons et fromage gratiné. On oubliera les quelques grammes de sel en trop pour apprécier une entrée réconfortante dans un mois de Mai au allures d'automne, qui fait la part belle à la gourmandise et au plaisir, sans lourdeur. 

Soupe à l'oignon gratinée 

Du côté de mon convive, le choix de l'entrée s'est tournée vers une composition plus contemporaine avec ce tartare de saumon déposé sur un lit de courgette et quinoa. L'assaisonnement délicat laisse toute sa place au goût et à la fraicheur du saumon, tandis que le jeu de textures alterne entre gras, moelleux et croquant. 

Tartare de saumon, courgettes et quinoa

Malgré les belles propositions à la carte (blanquette, burger, tatare, filet de bar...), mon choix se tourne vers le plat du jour avec ce pavé d'espadon, accompagnée d'une poêlée de légumes forestière (pommes de terre, champignons, lardons, oignons nouveaux). Demandée rosée, la cuisson de l'espadon était parfaite, laissant exprimée les saveurs délicates de ce poisson à la chair ferme, découvert pour ma part il y a quelques années sur les côtes siciliennes. Si la sauce bien marquée sur l'acidité ne s'accordait pas au mieux avec l'ensemble, il n'y avait en revanche rien à dire sur la qualité et la cuisson des légumes servis en accompagnement. 

Plat du jour : espadon, pommes de terre, champignons et oignons nouveaux

En face de moi, c'est une belle assiette de linguine à la tomate à la cuisson juste et de très bonnes gambas qui ont beaucoup plu.  

Gambas et linguine à la tomate façon Provençale

Quand arrive le dessert, la carte coche les grands classiques en proposant profiteroles, crème brulée, ile flottante... et bien sûr le baba au rhum. Comme il s'agit de mon dessert favori, je n'ai pas longtemps hésité, même si je craignais d'être déçu car mon expérience m'a démontré que de nombreuses adresses pourtant réputées échouent dans l'exercice. J'ai rapidement été rassuré face à cette brioche à la fois dense et moelleuse, imbibée au sirop et que l'on peut nourrir de rhum pur après l'avoir coupée en deux. Ce que je ne manquait pas de faire, avant de l'accompagner de cette jolie crème bien nappante qui apporte la douceur nécessaire pour équilibrer la puissance de l'alcool. Une belle réussite !

Baba au rhum, crème fouettée

Mon compagnon de table avait opté pour le cheese cake, l'un de ses desserts favoris. Appréciant la densité de l'appareil au cream-cheese, le goût du coulis et le croquant du biscuit, il s'est régalé. 

Cheese cake, coulis de fruits rouges

Pour accompagner ce repas, notre choix s'est porté sur un très beau fief vendéen blanc de Jean Mourat, servi au verre. Dès que les degrés - Celsius - remontent un peu dans le verre, le vin se montre à la fois vif et souple, développant une belle trame fruitée et ouvrant sur une finale d'une grande fraicheur. 

In fine, dans un décor de bistrot authentique avec mobilier en bois, mosaïques au sol et vieilles affiches de théâtre sur les murs, le Petit Colbert délivre une cuisine de brasserie souvent traditionnelle, parfois contemporaine, mais surtout, toujours généreuse et appliquée. 


Le Petit Colbert
8 rue Monsigny, 75002 Paris
Métro Quatre Septembre (l.3)
01 40 20 42 16

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