Le Jardin des Plumes, signé Eric Guérin

Après avoir eu le plaisir de découvrir la maison de Claude Monet et ses magnifiques jardins dont la série des Nymphéas en sont une interprétation, c'est dans une autre très belle maison, anglo-normande, de Giverny que j'ai eu la chance de déjeuner. Au sein d'un vaste jardin, Le Jardin des Plumes accueille dans ses murs un hôtel ainsi qu'un restaurant gastronomique récemment étoilé au Michelin et supervisé par le chef Eric Guérin, déjà étoilé à La Marre aux Oiseaux, près de Saint-Nazaire. D'ailleurs, le terme de "maison" s'impose pour parler du restaurant tant l'esprit y est accueillant et presque familial. Un esprit véhiculé avec autant de brio que de discrétion par la directrice des lieux, Nadia Socheleau, récompensée à juste titre du prix Omnivore du meilleur accueil en 2014. C'est ainsi que nos hôtes nous proposent de nous installer dans la véranda pour profiter de notre apéritif avec vue sur les jardins, le fond de l'air étant un peu trop frais pour nous installer de la terrasse... 

Pour accompagner les fines et fraiches bulles du champagne Extra-Brut Hugues de la Bourdonnaye, trois petits amuses-bouches avec une fine chips de riz condimentée au fromage frais et sésame, un joli pain vapeur et son guacamole accompagnés d'un pétale mentholé apportant une grande fraicheur, et last but not least, un surprenant churros à l'encre de seiche avec ses billes de mayonnaise aux algues. 

Amuses-bouches

Après avoir bien profité du bar-véranda, direction la très lumineuse salle du restaurant où le carrelage d'époque se marie étonnamment bien avec une décoration Art déco dont les lustres de plumes en verre de Murano sont du plus bel effet. Mais l'harmonie n'est pas que dans la salle, comme nous le prouve cette mise en bouche qui joue le paradoxe de la monochromie et d'un accord inattendu entre thon, pastèque, betterave et sésame noir. Faisons confiance aux couleur car l'harmonie entre la fraicheur du granité de pastèque et l'onctuosité terreuse et sucrée de la betterave devient une évidence. Jusqu'à se mêler en un seul goût, aussi divin qu'éphémère. Quel entrée en matière ! 

Mise en bouche

Toujours dans un registre majoritairement légumier, l'entrée associe courgette grillée, fenouil râpé, graines de tournesol, haddock, crème de fromage frais et dès de comté. Peu de cuisine stricto-sensus pour un plat d'assemblage certes, mais un assemblage sacrément bien fichu, qui, au delà de l'évidente harmonie des saveurs et des textures, nous fait explorer des horizons aussi divers que les compositions de nos fourchettes. Plus q'un plat, un vrai jeu de piste ! (Sans vouloir sortir un élément du lot... Quel comté !!)

Courgettes grillées, fromage frais, fenouil et haddock

Le plat de poisson associe le maigre à des sommités de brocoli, des cacahuètes, des tuiles de riz noir soufflé, quelques pommes de terre grenailles, le tout étant lié par un jus d'arrêtes au curry. Un plat où l'accompagnement prend le dessus sur un poisson assez plat et qui aurait méritée une cuisson davantage nacrée, avec des légumes cuits à la perfection, des tuiles sapides, des cacahuètes gourmandes et un jus malin qui donne sens à ce qui reste malgré tout une belle assiette. Servi au verre et à l'aveugle, un très bon verre de Montlouis blanc accompagna avec matière et fraicheur ces deux premiers plats. 

Maigre, brocoli, cacahuète et jus d'arrêtes curry

Pour la viande, une assiette très généreusement servie où de beaux morceaux de noix de veau sont accompagnés de carottes glacées au miel et au millet et de cubes de polenta grillée. Un jus de veau au laurier servi à part nappera l'ensemble. Si le veau aurait à mon goût mérité une cuisson plus rosée, cela est vite oublié tant les carottes sont - à l'instar des légumes des précédents plats - parfaitement cuites mais surtout tant les cubes de polenta atteignent des sommets de gourmandise avec une fine croûte croquante et un intérieur moelleux à souhait. Un grand plat bistronomique ! 

Veau, carottes de couleur au miel et millet, polenta grillée, jus au laurier du jardin

Pour finir sur une douce note sucrée, l'association - devenue aujourd'hui presque classique - entre l'abricot et le romarin avec un abricot mariné au rhum, une glace au romarin, un blanc-manger au lait d'amandes et des macarons à l'abricot. Rien à dire en ce qui concerne les goûts et leur harmonie : le rhum souligne délicatement l'abricot, le romarin apporte caractère et fraicheur, le blanc-manger exhale l'amande et la confiture d'abricot du macaron est très gourmande. En revanche, si les textures du blanc-manger et de la glace sont exemplaires, les abricots sont étonnement filandreux et la coque des macarons très collante. Davantage de précision technique aurait permis à ce dessert de terminer le repas aussi haut qu'il avait débuté, mais le plaisir est tout de même bel et bien là !

Abricot-romarin

Un passage au petit salon de la bibliothèque pour prendre thé et café et terminer pour de bon cette fois-ci avec une note sucrée plus qu'exemplaire. En témoignent ce financier au chocolat, dense mais moelleux et surtout cette tarte au cassis digne des meilleurs pâtissiers avec une pâte sucrée fine, croquante et bien sablée, et un crémeux cassis soyeux et puissant. Quelle maîtrise ! 

Mignardises

Dans un cadre apaisant accompagné par un service décontracté et complice, Le Jardin des Plumes délivre une cuisine d'auteur inspirée et gourmande faisant la part belle au potager et au verger. 

Le Jardin des Plumes
1 rue du Milieu, 27620 Giverny
02 32 54 26 35

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