Gare au Gorille, un effet boeuf !

Une maison d'apparence tranquille, dans un quartier pavillonnaire. Sur le portail, la mention "Attention, chien méchant". Ces trois mots suffisent à porter un autre regard sur la calme demeure, à y  projeter un imaginaire plus vivant, voire intriguant. C'est exactement l'effet produit par l'enseigne Gare au Gorille accolée à ce petit restaurant d'apparence sage, façade blanche carrelée, murs bruts, mobilier bistrot, luminaires suspendus et intitulés slash. Rien que de très normal pour un néo-bistrot du 11e ? A cela près que nous sommes à l'autre bout de Paris, dans le 17e, loin de la bistrosphère bobo-hipstérisante, dans un quartier happé par les larges voies ferrées de la gare Saint-Lazare. Derrière cette déco minimaliste et bien dans son époque se cachent deux gorilles du goût, le chef Marc Cordonnier et son associé en salle Louis Langevin, des ex de Passard passés notamment par Septime, qui proposent une cuisine bien dans son époque, vive, percutante et bien sourcée. Allons mater les assiettes du primate... 

La salle

En plus du menu déjeuner à 25€ avec aux choix deux entrées, deux plats et fromage ou dessert, la carte propose deux assiettes de charcuterie pour une mise en bouche toute en douceur. Mon choix s'est porté sur la très belle pancetta (10€) au moelleux réconfortant, accompagnée de belles tranches du croustillant et parfumé "pain d'antan" du boulanger Rodolphe Landemaine. 

Pancetta

Les choses sérieuses commencent avec une composition qui mise tout sur la fraicheur avec un mulet juste mariné, des segments d'orange, un émincé de fenouil cru et quelques (et trop rares) miettes d'une excellente féta qui apporte un peu de rondeur. Très joli équilibre pour une entrée rafraichissante et parfaitement maîtrisée. Peut-être un peu trop linéaire...

Mulet / Orange / Féta

Mon compagnon de tablée avait opté pour la seconde entrée au menu qui balançait déja mieux que la précédente avec de très beaux contrastes de textures et de goût entre le moelleux du veau, la fraicheur et la vivacité des magnifiques petits poireaux et le croustillant des radis émincés. Un grand plat d'équilibriste. 

Veau Cru / Poireau / Anchois

Entrons en résistance avec un plat riche en relief, résultat du contraste entre les différents éléments, et de la préparation de chacun d'eux. Cachée sous une puntarelle croquante et amère se niche un copieux morceau de joue de boeuf comme je n'en avais encore jamais mangé. A peine la fourchette entrait en contact avec la bête que celle-ci cédait complaisamment, avant de reprendre du poil d'elle-même en appelant le couteau à rompre la croûte légèrement caramélisée. D'un fondant confondant qui contraste avec une paroi juste croustillante, cette joue de boeuf fait un pied de nez à ceux qui ne jureraient encore que par les dits "nobles" morceaux... Cette merveille carnée en ferait presque oublier le très beau travail apporté à la carotte, en bâtonnets crousti-fondants et en purée caressante et douceureuse. Pour terminer cet émouvant tableau servie par une technique qui ne fait que sublimer de très beaux produits, quelques alvéoles d'oignons caramélisés. Encore pour le relief. 

Joue de boeuf / Carotte / Puntarelle

Mon voisin de table s'est régalé avec un très beau pavé d'Aiglefin baignant dans un fumet de poisson et recouvert d'une tombée d'épinards. Frais et gourmand. Une belle assiette. 

Aiglefin / Epinards / Fumet de poisson

Le dessert part sur des chemins balisés avec l'association du chocolat et du fruit de la passion. Le premier est présenté sous la forme d'une ganache (un peu trop) compressée, un peu (trop) fraiche, mais au goût puissant et équilibré entre acidité et amertume. Une acidité qui dialogue bien avec celle de la passion, à la vivacité bien maitrisée dans de douces billes de crème. Mais l'histoire ne s'arrête pas là et l'assiette s'envole vers la plénitude et la gourmandise grâce à une quenelle de glace à la cacahuète. Le gorille est décidément très généreux ! 

Chocolat / Passion / Cacahuète

Ajoutez à tout cela un joli verre d'Anjou rouge, cuvée "Les Saints Martin" du domaine des Roches Sèches, frais et végétal (6€), un café de "l'arbre à café" et un service souriant et dynamique. Vous obtenez ainsi assurément l'un des meilleurs rapports qualités/prix de la capitale au déjeuner avec des plats intelligents et gourmands très bien mis en valeur dans des contenants variés mais lisibles et adaptés. Le succès est au rendez-vous, le restaurant affichant déjà complet à l'heure du déjeuner. Gare au gorille, il est trop gentil ! 


Gare au Gorille
68 rue des Dames
75017 Paris
01 42 94 24 02

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