La Gazzetta à Aligre : le marché dans l’assiette, la folie en plus !
Après mon bistrot typique préféré du 12e la semaine dernière avec le Cartouche Café, on reste encore dans le 12e cette semaine avec la Gazzetta , plus belle table bistronomique de l’arrondissement. Nous sommes rue de Cotte, à deux pas du marché d’Aligre et cette rue, c’est un peu la rue des Grands Augustins du 12e en plus modeste bien sûr mais avec trois restaurants de premier choix : le Cotte Roti, bistrot contemporain, Sardegna A Tavola, belle table italienne et la Gazzetta, restaurant flirtant entre l’esprit bistrot par le cadre et le type de produits et le gastronomique par l’originalité et la précision de la cuisine.
| La Gazzetta, rue de Cotte |
Aux fourneaux, le chef Petter Nilsson propose une cuisine spontanée, de saison et du marché avec une carte changeant sans cesse. Mais surtout, il a l’art de marier des produits que rien ne destinait à se rencontrer dans une assiette. A la lecture de la carte, on est surpris et dubitatif ; à la dégustation, tout paraît logique tant les plats sont précis, équilibrés et gourmands. A ce jour, mon expérience à la Gazzetta se limite à deux déjeuners, certes moins créatifs que les diners avec leur menu dégustation imposé en 5 ou 7 plats mais aussi moins onéreux ! D’ailleurs, outre sa qualité, la Gazzetta offre un rapport qualité/prix rare au déjeuner avec entrée + plat à 17€ (certains plats nécessitent un supplément) et 24€ en comptant le dessert.
Mon premier déjeuner a débuté par trois petites entrées servies chacune séparément : une onctueuse et très gouteuse soupe de céleri et cresson, une légère pizza blanche à la brandade de Merlu et une très méditerranéenne escabèche de mulet noir aux poireaux grillés. Le charme opère déjà mais le plat exprime pleinement la créativité du chef : cabillaud cuit à basse température accompagné d’aubergine grillée, de carmine et de riccotta fumée. Cette assiette exprime tout le talent du chef : cuissons parfaites, associations originales, et équilibre exemplaire en bouche avec beaucoup de saveurs et de gourmandise. Une cuisine si envoutante qu’elle incite à prolonger le plaisir avec un dessert : une tarte au citron vert avec framboises fraiches et coulis de fruit de la passion. Délicat, équilibré et gourmand. Comme le reste.
Mon second déjeuner ne fit que confirmer tout le bien que je pensais de la cuisine de Petter Nilsson. Les saisons filent, les produits changent mais la précision et les goûts sont toujours au rendez-vous. En entrée, le triptyque fonctionne toujours sur les mêmes bases : une surprenante soupe de carottes et tourteaux, une pizza blanche à la moelle fumée, pomme de terre et échalote et enfin la méditerranée qui s’exprime comme la première fois avec une petite assiette juste parfaite de maquereau, radis noir et aubergine.
| Soupe de carotte et tourteaux - Pizza blanche, moelle fumée, pommes de terre et échalote - Maquereau, aubergines et radis noir |
En plat, une œuf poché et yaourt séché accompagné de choux fleurs, amande et cresson. On est encore séduit par la conjugaison de la spontanéité de la cuisine et sa cohérence autour de produits modestes et contrastés. Les cuissons sont toujours au sommet et toutes les saveurs jouent une même partition sans fausses notes : amertume, gras, acidité, tout s’équilibre sans que l’on ne s’en aperçoive.
| Oeuf poché et yaourt seché, choux fleur, amande et cresson |
Alors que le dessert du premier déjeuner était plutôt sage dans son idée, celui-ci joue sur les contrastes en associant une compote de pommes à un sorbet chocolat-pruneaux. Une vraie gourmandise !
| Compte de pommes Clocharde et sorbet chocolat-pruneaux |
Côté salle, l’équipe est très accueillante mais le service gagnerait à être un poil plus détendu. D’ailleurs, l’unique bémol tient au service en salle. Comment un serveur, à qui je demandais quels sont les cépages d’un vin blanc que je ne connaissais pas, peut-il me réponde “Syrah” et “Grenache”, deux cépages rouges ? On frise au mieux l’étourderie, au pire l’imposture. Du côté des vins, justement, la carte tourne essentiellement au sud avec des références pointues et de qualité. Mes verres de Sauvignon, du pays d’oc comme celui en Coteaux du Languedoc, étaient parfaits et à des prix raisonnables (3,5€ et 6,5€).
J’en ai dis beaucoup. Trop ? Je ne pense pas. Je conclue en résumant : un bistrot moderne, une cuisine déroutante et une clientèle avertie !
75012 Paris
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